les différentes crises rencontrées par l'industrie du flaconnage de luxe

Crises historiques

Les deux guerres mondiales vont entrainer un ralentissement voir un arrêt complet des activités dans les verreries de la vallée de la Bresle, faute de main d'oeuvre et de matières premières.

Contrairement à d'autres régions où les verreries vont être dévastées par les bombardements durant la 1ère guerre mondiale (Nord Pas de Calais, Aisne, Champagne), l'outil de travail reste préservé dans la vallée.

 

Crises sociales

- La grande grève de 1904:

Les premières années du 20ème siècle correspondent à une période de crise économique dans la verrerie du fait de la concurrence étrangère, de l'augmentation du nombre de verreries (8 verreries en 1888 pour 17 en 1904) et de la capacité des fours.

Déclaration d'Amédée Scobart, maitre verrier de Vieux Rouen sur Bresle et de Feuquières en 1904 : "J’estime l’accroissement de production entre 300 et 400%. Parallèlement, les ordres d’exportation vers l’Angleterre, qui autrefois dépendait entièrement des verreries normandes, ont chuté de 50% en 18 mois à cause de la concurrence belge et allemande".

Pour compenser le manque à gagner, les maîtres verriers normands vont  rogner sur les salaires de leurs ouvriers. En 1903, 40% des souffleurs de la vallée ont subi une diminution de salaire. Cette diminution de salaire va déclencher leur syndicalisation et des grèves ponctuelles puis générales dans toute la vallée.

Le premier syndicat est celui de la verrerie d'Incheville qui se crée le 23 janvier 1904, suivi ensuite par la majorité des autres verreries de la vallée. Ces différents syndicats rejoignent la deuxième fédération des travailleurs du verre crée en 1902 à l'initiative des verriers du Nord (le siège social se trouve à Aniche). Cette fédération est affiliée à la Confédération Générale du Travail (CGT). Plutôt que de faire un seul syndicat regroupant l'ensemble des verreries de la vallée, chaque usine va créer son propre syndicat: on voit 2 syndicats différents pour les verreries du Tréport ou de Nesle Normandeuse. C'est là une faiblesse évidente, ce d'autant que seuls les souffleurs sont admis dans le syndicat. Les autres employés de la verrerie ( boucheurs, potiers, compositeurs, emballeurs, chauffeurs...) ne sont pas admis à y participer. 

Face à eux, les patrons se fédèrent également mais avec une tout autre vision territoriale de leur action. Dès 1899, ils forment le Groupe des Verreries de Normandie et des Départements Limitrophes. Félix Denin, maitre verrier du Courval et de Nesle Normandeuse, qui en est le président écrit à l'un de ses confrères: " l'accroissement de nos forces ne sera que plus profitable à nos intérêts généraux à tous". Ce groupement, crée pour faire front face aux négociants en verreries, périclite rapidement et est remplacé en novembre 1901 par l'Union Corporative des Verreries de Flaconnerie. En 1904, cette union va lutter farouchement contre l'arrivée des syndicats ouvriers dont les maîtres verriers ne veulent à aucun prix bien que depuis la loi Waldeck Rousseau du 27 mars 1884 les syndicats soient légaux en France.

Pendant tout le printemps et l'été 1904, les troubles ne cessent pas dans les verreries de la vallée. Le 10 août 1904, les patrons verriers promulguent un nouveau tarif de fabrication à la baisse (les verriers sont payés à la pièce), déclenchant ainsi immédiatement la grève générale dans les verreries de la vallée. Le 14 août, au Tréport, la troupe charge des verriers manifestants. Il y a plusieurs blessés. Début septembre, 1600 verriers sont toujours en grève (contre 400 qui travaillent). Du 8 au 11 septembre se tient à Blangy le congrès national des verriers. On y discute de l'ensemble des revendications de la professions.

A la mi-septembre, le travail reprend progressivement dans la vallée. Les verriers ont obtenu diverses avancées: Meilleurs salaire, suppression des économats (magasin de l'usine où le verrier est obligé d'aller acheter à des tarifs élevés). Les syndicats n'ont pas été rayés de la carte et ont même renforcé leurs positions même si la répression s'abat sur les verriers les plus engagés dans la lutte syndicale.

- Le Lock-out de 1908

Le conflit débute par le renvoi le 30 juillet 1908 d'Abel Pilon, président du syndicat de la verrerie de Blangy, suite à une gifle donnée à un enfant. Les verriers de Blangy se mettent immédiatement en grève par solidarité avec leur président.

1908 est une période de  crise dans la verrerie. Du fait de la mévente, les stocks de marchandises des maitres verriers sont au plus haut. Les maitres verriers cherchent le conflit à la fois pour vider leurs stocks et pour casser le syndicat.

Déclaration de Camille Darras, patron de la verrerie de Blangy, en juin 1908: " Moi, il me faut une grève de deux mois. Quand vous voudrez la faire, moi je ne demande pas mieux".

La réponse patronale à la grève de Blangy est la suivante: dans un mois, le travail cessera dans l'ensemble des verreries syndiquées de la vallée. Le 5 septembre, 12 verreries ferment leurs portes, laissant ainsi 1200 ouvriers sans emploi. Pour contrer la solidarité des verriers de la vallée, qui soutiennent leurs confrères en cas de grève isolée, les maitres verriers ont décidé d'adopter une politique territoriale plus large en liant le sort de toutes les verreries syndiqués de la vallée. Le syndicat patronal s'est organisé pour faire bloc, du Tréport à Creil, face aux syndicats ouvriers. Chaque patron, verse 100 franc par mois et par four dans une caisse commune. En cas de grève il lui est versé 2000 francs par mois et par four et il peut faire exécuter ses commandes par ses confrères. Ayant tous des banques et des fournisseurs commun, il est entendu que pendant le temps du conflit, il ne sont redevables d'aucun paiements.  Les patrons forment un bloc monolithique sur un territoire s'étendant du nord de la Seine Maritime au sud de l'Oise.

Face à eux, les verriers sont toujours dans la même problématique de syndicats multiples et  parfois non dénués de rivalité. Depuis 1904, ils ont accepté dans leurs rangs, les ouvriers de verrerie qui ne sont pas souffleurs (mais souvent dans des syndicats distincts), renforçant ainsi les effectifs syndicaux. Néanmoins, face à la machine de guerre patronale, ils n'ont guère que leurs courage à opposer.

Le 13 septembre, 500à 700 ouvriers se rassemblent à Blangy et votent le soutien à Pilon et la résistance face au lock out patronal. toutefois, dès le lendemain, le syndicat du Courval démissionne de la CGT. Vieux Rouen est sur le point de faire la même chose. Des collectes sont organisées dans toutes la France pour soutenir les verriers de la vallée de la Bresle. Le 2 octobre, les verriers de Blangy sont condamnés devant le tribunal de paix pour cessation brutal du travail. Le 11 octobre, les verriers manifestent au Tréport, conspuant le député et les ministres venus inaugurer l'hospice. Le 13 octobre, les maitres font pression en menaçant d'éteindre les fours en cas de non reprise du travail. La situation devenant intenable, Abel Pilon se sacrifie et demande la reprise du travail qui s'effectue fin octobre.

Au total, le lock out de 1908 a sensiblement affaibli les syndicats verriers de la vallée de la Bresle. Certes, les patrons n’ont pas réussi à liquider les syndicats, tout au moins pas partout, mais la capacité à organiser de grandes actions est désormais révolue. Leur puissance a diminué. Les temps sont donc à la survie, au maintien des effectifs et des acquis. Environ 300 verriers restent fidèles au syndicat. N’ayant plus la force d’imposer des revendications par un bras de fer, le syndicat va se replier désormais sur d’autres terrains, moins axés sur l’aspect matériel que sur celui de la morale et de la justice. Des sujets fédérateurs et moralement inattaquables tels que la condition des enfants dans les verreries, la lutte contre l’alcoolisme ou l’obtention de meilleures conditions d’hygiène vont désormais être les grands axes de campagne.

-1936-1937: Suite à l'accession au pouvoir du front populaire, en 1936, une vague de grèves et d'occupations d'usines secoue l'ensemble du pays, tous corps de métiers confondus. Les verreries de la vallée de la Bresle ne font pas exception: quelques usines sont occupées et le drapeau rouge flotte transitoirement sur l'usine Désjonquères au Tréport. Ce mouvement débouche sur des acquis sociaux pour le monde ouvrier: augmentation de salaires, congés payés, temps de travail. Finalement  la vallée de la Bresle s'est contenté de suivre le mouvement qui a traversé le pays.

C'est en 1937 que les verreries de la vallée vont connaitre à nouveau une agitation intense. Le 4 août 1937, trois ouvriers de la verrerie de Romesnil (dont deux délégués syndicaux) sont renvoyés. Une grève de solidarité éclate dans l'usine. Devant le refus du maitre verrier de les reprendre, les ouvriers décident d'instaurer une grève d'une heure à partir du 4 septembre. Le patron de la verrerie de Nesle décide alors de licencier son personnel pour réembaucher individuellement au cas par cas. Tous les maitres verriers ne suivent pas les idées intransigeantes du patron de Nesle. Malgré cela ,les pourparlers autour des salaires sont interrompus et 9 verreries se mettent en grève (1150 ouvriers).

Lettre du préfet de la Seine Inférieure au Ministre de l'intérieur et du travail datée du 8 septembre 1937:

"Le fond de l'affaire pour les patrons est leurs volonté absolue de défendre leurs prérogatives et de ne pas laisser les ouvriers diriger directement ou indirectement des usines dont la marche est sous la seule responsabilité financière et morale des patrons. Leur décision est de s'opposer par tous les moyens et au besoin par une fermeture définitive des usines de la Bresle à une mainmise quelconque des ouvriers sur leurs droits de chefs d'industrie."

Extrait de "La Dépêche de Rouen" du 29 septembre 1937:

"Les ouvriers verriers de la vallée de la Bresle sont lock-outés depuis le 4 septembre. Les maitres de verrerie n'ont pas encore digéré l'application des lois sociales favorables aux ouvriers. Depuis juin 1936, ils ont employé tous les moyens possibles pour battre en brèche les conquêtes ouvrières. L'arrêt du 4 septembre n'était qu'un simple avertissement qui ne pouvait en aucun cas gêner la marche des usines. Les patrons y répondirent par le lock-out."

Les piquets de grève s'organisent et de nombreuses manifestations se déroulent. La gendarmerie équipée de casques et de mousquetons débarque pour protéger les verreries et la maison du maitre verrier de Nesle. La grève se terminera début novembre 1937 par des augmentations de salaires mais également par plusieurs dizaine de licenciement.

 

-1968:

Les évènements de mai 1968 vont déboucher sur des grèves nombreuses dans toute la France. Les verreries de la Bresle ne feront pas exception. Il ne s'y déroule cependant pas d'évènements particuliers. Les accords de Grenelle entraineront une hausse des salaires pour les verriers de la vallée de la Bresle.

 

-Crises économiques

 La crise de 1931: 

la crise d'octobre 1929 aux Etats-Unis frappe l'Europe avec un peu de retard. L'industrie du verre de la vallée de la Bresle sera frappée de plein fouet à partir de 1931. C'est l'hemorragie: 17 verreries disparaissent de la région entre 1931 et 1936. Sont particulièrement touchées les verreries ancestrales situées en lisière de forêt. Elles disparaissent toutes à l'exception du Courval.  

La  crise économique de 2008-2010

La crise économique mondiale frappe l'industrie du luxe. Le secteur de la parfumerie est durement touché. Les donneurs d'ordres pour les verreries de la vallée de la Bresle cessent leurs commandes et fonctionnent sur leurs stocks.

Prenons l'exemple de SGD qui voit son chiffre d'affaires parfumerie chuter de 40% et son activité globale de 20%. La situation de cette usine est rendue encore plus délicate par son montage financier en LBO ( Leverage Buy Out) qui a généré un endettement considérable (la société paie 40 millions d'euros d'intérêts par an).

Pour faire face à la crise, SGD dévellope plusieurs stratégies: Suppression du personnel intérimaire, plan social de 57 personnes, travaux de maintenance et de rénovation des fours pour compenser l'impact de la diminution de production. Le dernier axe stratégique consiste à diversifier la production en relançant la production de biberons de verre dont la société a conservé les brevets. Surfant sur la crainte des risques sanitaires liés aux phtalates présents dans les biberons en plastique, SGD fait passer de 1 à 10% la part du verre dans le marché du biberon. L'usine du Tréport-Mers est en capacité de produire 120 000 biberons de verre par jour.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×