Les grandes mutations dans les verreries de la vallée de la Bresle

Les mutations techniques

Le passage du bois au charbon:

L'arrivée du train dans la vallée de la Bresle au milieu des années 1870 va permettre d'acheminer le charbon jusqu'à proximité des verreries. Toutes les nouvelles verreries de la vallée se construiront désormais autour du chemin de fer comme les anciennes s'étaient construites autour de la forêt. La verrerie du Courval sera la dernière à abandonner le chauffage au bois car sa production très haut de gamme nécessite une qualité supérieur que seul le bois permet. Le charbon a pour avantage d'être abondant, meilleur marché que le bois, avec des sources qui peuvent être diversifiées. Il permet un chauffage des fours plus facile et plus régulier qu'avec le bois. Pour la vallée de la Bresle, la source d'approvisionnement est le bassin minier du Pas de Calais. Le Courval par exemple s'approvisionne auprès des compagnies minières de Ferfay, Béthune, Aniche, Auchel, Courrières, Drocourt ou encore Marles.

Ce passage va faire s'écrouler tout un pan de l'activité verrière ( forestiers, charretiers, bûcherons...). 

Le passage du soufflage à la bouche à l'époque de la machine

Depuis toujours, la fabrication des objets en verre dépend du savoir faire technique des souffleurs qui constituent l'aristocratie de la profession. On considère qu'un souffleur met 10 ans avant de maitriser totalement son art. 

En 1894, Boucher, maitre verrier à Cognac met au point une machine capable de remplacer les souffleurs. Dès 1899, Félix Denin du Courval, s'intéresse à cette machine mais renonce à son utilisation compte tenu des contraintes techniques trop nombreuses. Quelques essais sporadiques auront lieu dans différentes verreries de la vallée mais ne seront pas pérennisés, notamment du fait de l'hostilité des verriers vis à vis de la machine. Un peu avant la guerre 14,  va apparaitre "le gamin mécanique" qui permet au verrier  de souffler tout en contrôlant l'ouverture et la fermeture du moule et ainsi remplacer l'ancienne fonction du "gamin" en verrerie. Les verriers appelaient ça:" Travailler des quatre pattes et de la gueule".


L'apparition du semi automatique débute dans la vallée après la première guerre mondiale. La première verrerie à l'avoir utilisée est Waltersperger à Blangy.

 

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la verrerie Desjonquères sera la première à utiliser des machines totalement automatisées ( machines Lynch et IS). Ce type de machines va se répandre dans les années 60 et l'usine du Courval, crée en 1971 sur son nouveau site de Guimerville, sera la première à être complétement automatisée.

Les Mutations économiques

Pendant très longtemps, les verreries de la vallée de la Bresle vont rester sur un modèle familial. Prenons l'exemple de la famille Scobart. Une de ses branches dirige les verreries de Vieux-Rouen et de Feuquières tandis que l'autre s'occupe de la verrerie de Blangy puis du Tréport. La famille Denin, quant à elle, dirigera la verrerie du Courval pendant trois générations. Cela s'accompagne d'un sentiment paternaliste favorisé par la proximité géographique et culturelle entre les maitres verriers et leurs ouvriers. Chaque ouvrier connait le visage de son patron et le patron connait intimement la vie de ses ouvriers. C'est après la seconde guerre mondiale que les verreries de la vallée de la Bresle vont passer dans les mains de grands groupes dans le cadre de concentration d'entreprises à l'échelle nationale puis internationale. On reste encore néanmoins dans une logique industrielle développée à une échelle supérieure. La fin du XXème siècle amorce le temps d'une financiarisation à outrance des entreprises. SGD est représentatif de cette évolution en trois temps.

Trois générations de Desjonquères vont se succéder à la tête de l'entreprise entre 1896 et 1972, date du rachat de la verrerie par le groupe Saint Gobain qui possède également d'autres usines de flaconnage en Allemagne, Espagne et Brésil. Le groupe renomme alors l'usine du Tréport Mers en: "Saint Gobain Desjonquères" . Par choix stratégique, Saint Gobain Desjonquères décide de céder la totalité de la filière verre à un fond d'investissements nommé Sagard et Cognetas.Le groupe prend alors le nom de SGD. Sagard et Cognetas utilise le système de LBO (Leverage buy out) pour le rachat de l'entreprise. Ce système consiste a racheter avec un fort recours à l'emprunt dont le remboursement sera supporté par l'entreprise elle même. A partir de ce moment là, le côté financier prime sur le côté industriel. Conséquences: l'entreprise paye annuellement 40 millions d'euros d'intérêts et se retrouve dans une position difficile du fait de la crise économique. Depuis 2010, Oaktree a injecté 140 millions a SGD ( dont 89 pour l'usine du Tréport-Mers) en échange de 22% du capital.

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